Énergie Des milliards d'euros volés aux usagers !

Le sénateur communiste et directeur du journal l’Humanité, Fabien Gay, décrypte les failles de la politique gouvernementale et trace des pistes pour échapper à l’ornière dans laquelle nous place la libéralisation du secteur.

Êtes-vous surpris par la hausse des tarifs de l’électricité qui va frapper des millions de ménages ?

Cette hausse était, malheureusement, attendue. Il y a un mois (le 14 juin – NDLR), j’interpellais au Sénat le ministre délégué chargé de l’Industrie en l’alertant sur les effets pour les consommateurs d’une série de mesures, dont la fin programmée du bouclier tarifaire.

À l’époque, Roland Lescure m’accusait de « faire peur aux ménages » et soutenait même que les tarifs allaient baisser ! C’est pourtant le contraire qui se produit actuellement.

Jusqu’à présent, les consommateurs étaient relativement épargnés par les fluctuations du marché : les dispositifs gouvernementaux ont-ils atteint leur cible, selon vous ?

Durant des mois, le gouvernement s’est vu obligé de corriger les effets du marché, en inventant toute une batterie de dispositifs : bouclier tarifaire, filet de sécurité pour les collectivités, etc. Il s’agissait en réalité de limiter les effets dévastateurs provoqués par la libéralisation des marchés, dont on a constaté l’ampleur avec la crise énergétique.

Au bas mot, ce sont 40 milliards d’euros d’argent public qui ont été mis sur la table et distribués aux énergéticiens, pour qu’ils limitent leurs augmentations de tarifs.

Ce que les gens ne savent pas, c’est que les industriels ont touché le jackpot trois fois. D’abord, en recevant cet argent public. Ensuite, en continuant à bénéficier de l’Arenh (volume d’électricité nucléaire vendu à bas prix par EDF à ses concurrents – NDLR). Et enfin, en revendant cette électricité sur le marché pour encaisser un bénéfice.

Que faudrait-il faire pour sortir de cette situation absurde ?

Il faut en finir avec l’Arenh, qui n’est qu’une rente donnée aux actionnaires privés et qui ne permet nullement, contrairement à la fable racontée par le gouvernement, de stabiliser les prix. EDF doit conserver son énergie peu chère et en faire profiter ses clients.

Ensuite, il faut sortir du mécanisme du marché européen, qui lie le prix de l’électricité aux tarifs du gaz. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille interrompre toutes formes d’échanges entre les pays européens : nous pouvons les maintenir, à condition qu’ils soient fondés sur un principe de solidarité, afin de fournir de l’électricité à des pays qui n’en ont pas assez. Et qu’ils n’enrichissent pas les traders !

Enfin, nous devons recréer un grand service public de l’énergie pour répondre aux deux grands problèmes de notre époque : sortir 15 millions de personnes de la précarité énergétique et lutter contre le réchauffement climatique.

Ce pôle impliquera la nationalisation d’EDF, de TotalEnergies et d’Engie, pour créer un groupe dont le nom pourrait être GEDF (Groupe Énergie de France). Nous devons sortir l’énergie de la sphère du marché : la course aux profits ne répond ni aux besoins sociaux, ni aux besoins environnementaux.

Publié sur le site de l'humanité le 18 juillet 2023

Retrouvez la vidéo de l'audition de la Ministre en cliquant sur l'image ci-dessous :

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